"L’expatriation d’aujourd’hui n’est plus celle d’il y a 20 ans"

Publié le 1er février 2017

Etre expatrié pour un Français, ce n’est plus seulement être détaché d’une grande multinationale et gagner une fortune à l’étranger. C’est aussi et de plus en plus être immigré avec des conditions de travail plus précaires. Arnaud Soulier, ingénieur du son et réalisateur au Vietnam, explique la nuance aux seconde bac pro Aide services soins à la personne du lycée Magnan à Nice. Et nous parle de ce pays qu’il adore, le Vietnam.

Economie, histoire et politique

Avec la crise et le chômage chez nous en France, nos compatriotes partent, et de plus en plus, dans des pays émergents qui ont besoin de talents. Et notamment au Vietnam. Mais si, il y a quelques années, les "expatriés" étaient plutôt des cadres détachés de gros groupes qui allaient vivre dans des pays plus pauvres dans d’excellentes conditions, aujourd’hui, des Français partent plutôt avec un statut d’immigrés, c’est-à-dire sans filet de sécurité, sans contrat.

C’est ce que nous explique Arnaud Soulier, fin connaisseur du Vietnam - et pour cause : il y fait des allers et retours depuis 20 ans, et y a posé ses valises il y a 4 ans. 

Le rendez-vous est pris dans un restaurant du centre de Hanoi, le Chim Sao. Vous devez laisser vos chaussures à l’entrée. Nous mangeons assis par terre, sur des coussins, pieds nus ou en chaussettes. Arnaud commande des plats aussi délicieux les uns que les autres, dans lesquels nous piochons avec nos baguettes. Il me fait goûter la bière "Saigon" [l’abus d’alcool est très dangereux pour la santé, ne l’oubliez jamais]. Elle est très légère, rafraîchissante.

Tandis que nous mangeons du riz gluant, Arnaud raconte qu’il existe une variété infinie de riz et de manière de les cuisiner au Vietnam. Je me rends compte aussi que ce que nous prenons pour des chips dans les restaux chinois en France se mange en fait avec de la viande dessus. Tout en picorant des lamelles de papaye verte relevées au piment, je l’écoute me raconter ce pays qu’il aime tant, et dans lequel il a choisi de vivre. 

Une vision du Vietnam fantasmée en France 

Lui vit "à la vietnamienne" : il se débrouille en vietnamien (respect Arnaud, car c’est vraiment dur), fait ses courses au marché. Il a chez lui un petit autel, comme les Vietnamiens, pour honorer le génie des lieux. "Je l’ai toujours fait, dans tous mes logements", insiste ce quadragénaire pourtant athée, qui vit à Hanoi avec sa compagne et la fille de celle-ci. 

Beaucoup d’entre vous ont posé des questions sur les campagnes, les enfants qui vont à l’école à pieds, voire sans chaussures ! Arnaud sourit à l’évocation de ces clichés. En effet, les jeunes Vietnamiens que j’ai rencontrés dans les collèges et lycées avaient un téléphone, voire un smartphone, et des chaussures tout aussi correctes que les vôtres. Et d’ailleurs, les "campagnes", ici, ressemblent plutôt à des petites villes !

La nostalgie du passé

Pour ce réalisateur pour qui "rester curieux" est essentiel dans la vie, la culture n’est pas quelque chose de figé, qu’on mettrait sous cloche, pour mieux plaire aux touristes parfois nostalgiques du "bon vieux temps des colonies". Alors, certes, le Vietnam, ce sont des paysannes avec des chapeaux coniques dans des rizières, mais ce n’est pas que ça ! Le pays est en pleine accélération. "Plus je connais ce pays, et moins je le connais, confie-t-il. C’est vrai de beaucoup de pays, mais ça l’est particulièrement du Vietnam." 

Arnaud m’explique tout un tas de choses sur les us et coutumes de cette société partagée entre l’ultra-libéralisme et un système politique communiste. Aujourd’hui, le pays avance, et vite, avec toutes ses contradictions : les musées et les affiches valorisent l’ouvrier, le paysan et le collectivisme, tandis que les jeunes sont plus individualistes et rêvent de mener une carrière en ville. Tous respectent le culte des anciens, tout en étant fascinés par le modèle occidental. La musique résume bien ces ambivalences : ici, on écoute à la fois la musique traditionnelle... et Son Sun M-TP (je vous reparlerai de ce garçon qui rend hystériques les jeunes de votre âge ici. D’ailleurs, à force de l’écouter dans les cours de récré, je finis par l’apprécier).

Un contact, puis un autre, puis un autre... comment travaille un journaliste 

Arnaud me donne beaucoup de contacts et me conseille sur la manière de traiter mes différents sujets pour vous. Comme je vous l’ai expliqué lors de nos rencontres, les journalistes demandent toujours aux gens qu’ils interviewent des contacts, pour pouvoir contacter d’autres personnes, qui a leur tour leur présenteront d’autres personnes, etc. Notre objectif est de croiser les sources : ne pas exposer qu’un seul point de vue sur une réalité.

C’est ainsi que j’ai rencontré Tuyen, mon guide vietnamien. Tuyen m’a été présenté par Huong, une professeure de français à l’université. Elle-même m’a été présentée par le directeur du département de français de l’université de Hanoi. Et lui-même m’avait été présenté le premier jour de mon arrivée par mon ami Hao, avec qui j’ai étudié le journalisme il y a 10 ans en France, et qui présente aujourd’hui les informations le matin à VTV, la télévision nationale.

Quant à Arnaud, il est un ami d’Alain Devalpo, le chef de Globe Reporters, qui coordonne les différentes campagnes de notre association !

Vous comprenez mieux à présent comment je compte atteindre mon objectif : réaliser plus de 80 sujets en moins de 6 semaines au Vietnam. 

Ecoutons Arnaud et ses confidences sur le Vietnam !

 

Sources photographiques

Arnaud après notre dîner.
Arnaud après notre dîner. "Tu me prends au photo avec le cure-dents dans la bouche, comme les Vietnamiens ?"
Nous avons dîné au Chim Sao. Les clients s’assoient par terre, sur des coussins, pieds nus ou en chaussette !
Nous avons dîné au Chim Sao. Les clients s’assoient par terre, sur des coussins, pieds nus ou en chaussette !
Les plats ? Juste di-vins !
Les plats ? Juste di-vins !
L’abus d’alcool est vraiment dangereux pour la santé et peut entraîner plein de problèmes dans votre vie. Mais goûter une gorgée de cette bière
L’abus d’alcool est vraiment dangereux pour la santé et peut entraîner plein de problèmes dans votre vie. Mais goûter une gorgée de cette bière "Saigon" fait évidemment partie de la découverte culturelle du pays !
Arnaud après notre dîner.
Nous avons dîné au Chim Sao. Les clients s’assoient par terre, sur des coussins, pieds nus ou en chaussette !
Les plats ? Juste di-vins !
L’abus d’alcool est vraiment dangereux pour la santé et peut entraîner plein de problèmes dans votre vie. Mais goûter une gorgée de cette bière

Sources sonores

  • Pouvez-vous vous présenter ?

  • Comment êtes-vous arrivé au Vietnam la première fois ?

  • Comment s’organise la vie des expatriés français ?

  • Vivez-vous à la vietnamienne ?

  • Est-ce qu’il y a un choc des cultures ?

  • Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de vivre ?

  • Fait-il bon vivre au Vietnam ?

  • Est-ce qu’il y a une vision fantasmée du Vietnam ?

  • Un message pour les globe-reporters ?

Téléchargements

Les partenaires de la campagne

  • CLEMI
  • Fondation SNCF
  • Ambassade de France au Vietnam
  • Institut Français du Vietnam