Quel avenir pour les équipes turques au sein de l’UEFA ?

Publié le 4 janvier 2018

Türker Tozar, chargé de communication de l’équipe nationale turque de football répond aux globe-reporters Arno, Emre, Çınar, Gökberk et Garen du lycée Saint-Benoît d’Istanbul.

Sports

Les organes de l’UEFA (Union européenne des associations de football), instance dirigeante du football européen, sont basés non pas à Bruxelles où se trouvent nos journalistes, mais à Genève en Suisse ! Pour répondre aux questions des globe-reporters du lycée Saint-Benoît sur les équipes de football turques et l’UEFA, quoi de mieux que de poser les questions à un expert en Turquie ? Nous avons contacté la Fédération turque de football qui a communiqué les questions de nos apprentis reporters à Türker Tozar, chargé de communication de l’équipe nationale turque.

Combien de clubs turcs ont participé à l’UEFA champions league jusqu’à présent ?

Cinq clubs turcs ont participé aux phases de poules de la Ligue des Champions depuis que la compétition a changé de nom durant la saison 1992/93, avant cela la compétition s’appelait Coupe des clubs champions européens. Galatasaray y a participé 14 fois, Besiktas 7 fois et Fenerbahçe 6 fois. Bursaspor et Trabzonspor ont été en compétition une fois dans cette compétition reine du football international.

Avec le nouveau système de sélection de la Ligue des Champions de l’UEFA (cycle 2018/2021), combien d’équipes turques pourront participer ? Pourquoi ?

Deux équipes représenteront la Turquie dans l’UEFA champions league comme par le passé. Selon les nouvelles règles, les champions de Turquie seront automatiquement qualifiés pour les phases de poules, tandis que les vice-champions commenceront la compétition au second tour des qualifications. Dans le passé, les finalistes entraient avec le troisième tour de qualification, mais comme l’UEFA a désormais augmenté le nombre de clubs qualifiés directement pour la phase de groupe pour les 4 plus grands championnats (Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie) à 4 chacun, ça fait moins de places pour les clubs des autres pays.

Quels sont les principaux points sur lesquels les équipes turques doivent travailler pour espérer gagner un jour l’UEFA Champions League ?

Avoir des structures économiques fortes et se doter de procédures qui génèrent des revenus font partie des éléments clefs de réussite pour les clubs de foot.
De nombreux clubs turcs doivent assainir leur structure économique, car nombre d’entre eux ont des dettes très importantes. Ils devraient mettre en place des pratiques pour réduire leur dette. L’UEFA contrôle de près la situation financière des clubs tout comme leurs « Financial Fair Play Regulations » et peut prendre des sanctions contre leur participation aux compétitions des clubs de l’UEFA, s’ils le jugent nécessaire. À partir de là, investir dans la jeunesse semble être une étape essentielle.
La détermination et la patience sont nécessaires pour récolter les fruits d’une telle évolution, car il faut du temps. Construire des joueurs d’élite aidera non seulement les clubs à bâtir des équipes performantes, mais aussi générer des revenus s’ils décident de vendre ces talentueux joueurs à des plus grands clubs européens, ce qui contribuerait à une stratégie économique durable.
L’investissement dans la jeunesse influence naturellement la force des équipes nationales. C’est un élément complexe et très important avec lequel il faut composer. C’est pourquoi la Fédération turque de football fait beaucoup d’efforts pour améliorer le niveau des entraineurs du pays.
La formation des entraîneurs et de leurs formateurs est une autre des priorités, les structures dirigeantes du football turc mettent souvent l’accent sur l’importance d’embaucher du personnel qualifié dans les structures jeunesse.
Avoir une stratégie ciblée de transferts est un autre élément qui doit être souligné. À cause du manque de talents locaux, la plupart des clubs turcs comptent sur les joueurs étrangers et de fait les candidats à la Champions League ne font pas exception. Cependant en ce qui concerne les étrangers, les clubs devraient trouver la réponse à cette question : vaut-il mieux signer des joueurs saisonniers qui ont percé dans le jeu européen, mais sont prêts de finir leur carrière, et donc manquent d’ambition, ou bien importer des joueurs prometteurs qui peuvent rapidement faire la différence, s’insérer dans les équipes et leur apporter la victoire avec un peu d’encadrement ?
Une forte génération de footballeurs qui jouent collectivement en harmonie au sein d’un club qui adopte la culture de la Ligue des champions, c’est-à-dire dont les efforts ne sont pas seulement dédiés à gagner les ligues nationales, apportera le succès attendu du football turc pour cette compétition. Cependant, nous ne devons pas oublier qu’il existe une différence très importante entre les budgets des principaux clubs européens et ceux des principaux clubs turcs.

Que pensez-vous de la baisse de performance de l’équipe nationale de Turquie ? Quels sont les principaux points sur lesquels elle doit se concentrer pour améliorer la situation ?

Historiquement, l’équipe nationale sénior de Turquie n’a jamais été un participant réguler aux principales finales des tournois de football. La Turquie a conclu sa première apparition dans une finale du championnat européen dans l’EURO 96, quand Fatih Terim était entraîneur. Après l’EURO 2000, où la Turquie a atteint les quarts de finale, la Turquie a gagné la troisième place dans la Coupe du Monde 2002 quand Şenol Güneş était entraîneur. Une grande partie de la sélection venait de Galatasaray qui avait gagné la Coupe de l’UEFA en 2000 et ils avaient l’habitude de jouer ensemble. L’EURO 2008 a été le dernier tournoi où la Turquie a connu un succès significatif grâce à un groupe de joueurs très doués qui se sont unis dans un esprit d’amitié et d’équipe. Contrairement à aujourd’hui, les joueurs turcs de la sélection basés en Europe étaient alors titulaires dans leurs clubs respectifs. Quand des footballers expérimentés et reconnus ont fini leur carrière, cela a engendré de sérieux problèmes pour l’équipe nationale turque.
L’équipe nationale turque a alors raté trois tournois consécutifs : La Coupe du monde 2010, l’EURO 2012 et la Coupe du Monde 2014. Comme l’investissement dans la jeunesse n’a jamais été une priorité pour la plupart des clubs turcs - excepté pour un petit nombre - ils ont compté principalement sur les joueurs étrangers en profitant de l’ouverture progressive des quotas de joueurs étrangers durant des années. L’augmentation continue des gains des droits de diffusion télé les a aidés dans cette stratégie. En utilisant leur position financière compétitive comparée à de plus petits clubs, les gros clubs se sont accaparé les talents locaux émergeant et se sont moins préoccupés de former de jeunes joueurs. Comme les joueurs turcs sont très bien payés et ont des avantages fiscaux significatifs par rapport à leurs confrères européens, ils n’ont jamais été très motivés pour aller en Europe confronter leur talent à un plus haut niveau. Leur manque de maîtrise des langues étrangères a aussi été un facteur limitant ces déplacements.
Comme les clubs attendent désespérément des joueurs déjà bien formés et talentueux à un prix raisonnable pour atteindre leurs objectifs, la Fédération turque de football a autorisé les clubs des championnats de Turquie à signer jusqu’à 14 joueurs étrangers.
À cause de la limitation du nombre de joueurs étrangers en Turquie, les clubs turcs étaient peu enclins à laisser partir leurs joueurs turcs à l’étranger, ce qui entraînait une inflation des montants des transferts pour ces joueurs-là. La limitation levée, les prix des transferts sont revenus dans la norme, mais malgré cela, peu sont partis jouer en Europe.
Comme la plupart des clubs préfèrent les étrangers dans les équipes type (ceux qui débutent normalement le match sauf blessure ou suspension), le vivier de sélection des joueurs s’est réduit puisque les Turcs n’avaient pas assez de temps de jeu dans leurs clubs. Le récent échec de la Turquie aux qualifications de la Coupe du Monde 2018 est dû à cela.

Est-ce que l’équipe nationale turque peut revenir à ses jours de gloire comme en 2002 et 2008 ?

Il y a toujours une raison derrière un succès ou un échec. Il faut une vision à long terme sérieuse. Premièrement, les attributs et caractéristiques des footballers turcs doivent être analysés et identifiés. La Turquie devrait avoir sa propre école de football, avec un plan de développement structuré, et cela devrait se retrouver dans tous les clubs du pays. Comme ce grand changement partira des écoles, l’implication du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de la Jeunesse et des Sports est essentielle. Cette question clef doit aussi être posée : comment l’intégration de l’école dans le football pourrait-elle se faire de manière la plus efficace ?
La Fédération turque de football cherche à mettre en place des mécanismes de contrôle dans les clubs afin de s’assurer qu’ils investissent dans le développement de la jeunesse. L’État turc a entamé un grand projet de stades et c’est la base de candidature de la Turquie pour accueillir l’Euro 2024.
D’un autre côté, on a besoin d’un autre projet pour construire des infrastructures d’entrainement. La plupart des clubs se battent pour trouver des terrains d’entrainement pour leurs équipes des moins de 14 ans aux moins de 21 ans.
Des entraineurs de qualité devraient être embauchés pour le développement de clubs jeunesse et leurs salaires ne devraient pas être négligés. Quand des joueurs turcs de qualité viendront de structures qui forment les jeunes, la Turquie pourra revenir à ses jours de gloire. L’échec de l’Allemagne à la FIFA World Cup 2006, et les efforts qu’elle a ensuite mis en place peuvent être pris pour exemple. Tout comme le Plan Elite Player Performance de la fédération anglaise.

Quand est-ce que la finale de l’UEFA Champions league pourra avoir lieu en Turquie ? Quels sont les critères ?

Le stade olympique Atatürk d’Istanbul est candidat pour l’accueil de la finale 2020 de la ligue des champions de l’UEFA. Le comité directeur de l’UEFA annoncera quel stade accueillera la Ligue des champions de l’UEFA en juin 2018. Le stade du club de Benfica, à Lisbonne, au Portugal est aussi candidat.

Quels sont les principaux rivaux de la Turquie au sein de l’UEFA ?

Tout en continuant sa compétition naturelle dans le domaine sportif contre les équipes représentants toutes les associations membres de l’UEFA, la fédération turque de football aspire à développer et maintenir la coopération avec d’autres fédérations européennes.

Pourquoi l’UEFA ne présente pas de prix prestigieux comme le Ballon d’or de la Fifa ?

L’UEFA récompense l’excellence et le succès au sein du football européen avec une série de prix dans différents secteurs comme :
Le joueur de l’année de l’UEFA
La joueuse de l’année de l’UEFA
Le meilleur gardien de but de la saison de la Ligue des champions de l’UEFA
Le meilleur défenseur de la saison de la Ligue des champions de l’UEFA
Le meilleur milieu de terrain de la saison de la Ligue des champions de l’UEFA
Le meilleur attaquant de la saison de la Ligue des champions de l’UEFA
Le meilleur joueur de la saison de la ligue Europe de l’UEFA
En plus de ces récompenses, il existe le titre de « Prix du président de l’UEFA », qui revient traditionnellement aux joueurs ou entraineurs pour leurs réalisations et contributions sur le long terme au football.