Une mission marquée par le confinement au Liban

Publié le 9 février 2021

Sidonie HADOUX est rentrée de Beyrouth. Le confinement ayant été prolongé au Liban, la fin du séjour s’est déroulé comme il avait commencé : confiné. Impossible pour la journaliste de partir en reportage sur le terrain comme espéré. Les Libanais.e.s sont restés confinés, et les interviews se sont déroulées en ligne jusqu’au bout.

Carnet de route

Après un mois confinée au Liban, je suis est bien rentrée à Paris, puis à Lille, ma ville de résidence en France. Pas de regret pour autant, le Liban vient d’annoncer un prolongement du confinement d’au moins six semaines … et la France a annoncé la fermeture de sa frontière. La mission n’aurait donc pas pu se dérouler autrement.

Pour être exacte, le Liban a annoncé un « déconfinement progressif » qui s’organisera sur quatre périodes de 15 jours. Dans cet extrait du journal L’Orient - Le Jour, un quotidien libanais francophone de référence, on apprend notamment que tous les Libanais.e.s vont continuer à remplir des attestations pour aller faire leur course :

« Cette première phase, qui verra l’ouverture des secteurs dits vitaux (supermarchés, épiceries, supérettes et les industries qui leur sont liées, ainsi que les banques) sous conditions strictes, constitue toutefois un prolongement du bouclage, le couvre-feu restant maintenu. Mis à part les personnes bénéficiant des exemptions ou d’autorisations spéciales pour circuler, tout autre individu désirant déroger au couvre-feu doit obtenir une permission acquise sur la plateforme en ligne mise en place à cet effet (covid.pcm.gov.lb) ou en envoyant un SMS au 1120. Une telle permission est obligatoire pour toute personne désirant faire ses courses, même si elle est exemptée du couvre-feu ou si elle détient une autorisation spéciale pour se déplacer. »

Pas de réouvertures pour les 15 jours à venir

Au 24 janvier, près de 3 900 cas sont confirmés au Liban quotidiennement. Les hôpitaux sont saturés, et les taux d’occupation des services de réanimation frôlent les 100% dans les hôpitaux de Beyrouth. La situation est très préoccupante.

Le Liban est un des pays les plus touchés par la pandémie actuellement. Pour autant, les mesures de confinement ne sont pas strictement respectées. Selon les chiffres estimés dans la presse, seuls 30% de la population le respecte, et les contaminations restent importantes, surtout dans le cercle intrafamilial. Aussi, la situation n’est pas la même selon les lieux : à Beyrouth et dans la région du Mont Liban, les habitants respectent davantage le confinement. Dans d’autres régions, au Sud ou dans la Bekaa, le confinement est moins respecté, ce qui, selon les médias, empêche la situation de s’améliorer. 

Pourtant, en suivant la campagne, on a l’impression que toutes les personnes que je rencontre sont très précautionneuses. Et c’est vrai, cela peut donner une image parfaite du respect du confinement. Alors que doit-on en penser ? Entre notre propre impression et ce que relaient les médias libanais ? Et bien, il faut garder à l’esprit que je croise en priorité des institutions, des élu.e.s, des organisations qui doivent être exemplaires dans ce genre de contexte. Devant les caméras, il s’agit de montrer l’exemple ! Donc bien sûr, cela donne l’impression que le confinement est parfaitement respecté, ce qui n’est pas forcément le cas à l’échelle du pays. 

Heureusement, je suis logée dans un appartement en colocation. Bien entourée, cet enfermement est plus acceptable ! Je peux travailler dans de bonnes conditions, malgré une connexion wifi parfois capricieuse. Il est une chose bien connue au Liban : « Quand il pleut, la connexion internet est mauvaise ! ». Surprenant non ? Les réseaux des télécommunications ne sont pas toujours en bon état … et cela est sans compter les coupures d’électricité. Heureusement, l’immeuble où je suis est doté d’un générateur. Tous les soirs vers 20h00, le courant se coupait quelques secondes, avant de repartir ! Toutes les familles libanaises n’ont pas accès à cet équipement et les coupures durent parfois plusieurs heures… 

Les jours se ressemblent en temps de confinement. Les reportages se vivent dans la tête. Certain.e.s interlocuteur.trice.s sont passionnant.e.s. Et je ne peux que s’imaginer ce qu’aurait été une rencontre « en vrai ». Ce sera pour une prochaine fois. 

Pour ce qui est du quotidien, les supermarchés étant fermés, il faut commander les courses sur whatsapp ! Les supermarchés ont mis en place un système de livraisons. Ne parlant pas arabe, ce sont mes colocataires libanais qui se chargent de passer commande. En quelques heures, les courses sont livrées à la porte de l’appartement. Quelques petites épiceries restent ouvertes dans la rue. Et c’est pratique quand on oublie un ingrédient pour le repas du soir !

Et puis quand le confinement est trop pesant, je profite de son statut de journaliste pour aller marcher dans les rues beyroutines et prendre quelques photos. Le silence est parfois troublant. Il y a bien encore des voitures dans les rues, mais rien de comparable avec le trafic chaotique de Beyrouth en temps normal. Où sont les klaxons incessants ? Qu’est devenu l’air irrespirable des pots d’échappement ? C’est bien étrange de redécouvrir Beyrouth dans ces conditions.

Après quatre semaines, voilà déjà venue l’heure du départ. Ce moment est toujours émouvant. Malgré les contraintes importantes de ce voyage, en un mois, je me suis habituée à une nouvelle routine de vie. Cette capacité d’adaptation est une qualité professionnelle pour un.e reporter. En un mois, j’ai bousculé tous mes repères. Je vis un confinement strict, avec des colocataires que je ne connaissais pas avant son voyage. J’ai adapté mon alimentation, mon réseau amical quotidien, mon rythme de vie... 

Et après ce grand bouleversement, dans lequel je commence à trouver un confort : des moments difficiles cohabitent avec des grand moments de satisfaction. Ce métier est parfois une montagne russe d’émotions. Et maintenant, il faut se résigner à rentrer. 

Je fais ses bagages et commande un taxi pour gagner l’aéroport. Les rues sont vides. Il est 10h00 du soir. L’aéroport est moins vivant qu’à l’accoutumée et l’avion est quasiment vide. Cette fois, c’est plutôt bienvenu pour s’allonger sur la banquette du milieu, et tenter de dormir un peu… 

Au revoir Beyrouth, à bientôt !

Article publié le 9 février 2021

Sources photographiques

En marchant dans la pénombre ce soir-là, Sidonie peut entendre le silence … C’est une sensation bien étrange à Beyrouth © Globe Reporters
En marchant dans la pénombre ce soir-là, Sidonie peut entendre le silence … C’est une sensation bien étrange à Beyrouth © Globe Reporters
En tant que journaliste, Sidonie est autorisée à sortir pour exercer son métier. Elle en profite pour marcher dans les rues désertes et prendre des photos © Globe Reporters
En tant que journaliste, Sidonie est autorisée à sortir pour exercer son métier. Elle en profite pour marcher dans les rues désertes et prendre des photos © Globe Reporters
Il est à peine 18h00 quand Sidonie prend la photo, un jour de semaine. Cette artère principale du centre de la ville devrait normalement crouler sous les véhicules © Globe Reporters
Il est à peine 18h00 quand Sidonie prend la photo, un jour de semaine. Cette artère principale du centre de la ville devrait normalement crouler sous les véhicules © Globe Reporters
Le boulevard Sami El Solh déborde d’habitude de voitures, taxis, et deux-roues. En tant que piéton, il est difficile, voire dangereux de traverser. Durant le confinement, il est désormais possible de s’accroupir eu milieu de la route pour prendre une photo … © Globe Reporters
Le boulevard Sami El Solh déborde d’habitude de voitures, taxis, et deux-roues. En tant que piéton, il est difficile, voire dangereux de traverser. Durant le confinement, il est désormais possible de s’accroupir eu milieu de la route pour prendre une photo … © Globe Reporters
Les cafés de la rue de Badaro resteront encore fermés un moment…© Globe Reporters
Les cafés de la rue de Badaro resteront encore fermés un moment…© Globe Reporters
Notre journaliste ne pourra pas aller travailler sur la terrasse de Roy’s, son café préféré pour travailler en journée © Globe Reporters
Notre journaliste ne pourra pas aller travailler sur la terrasse de Roy’s, son café préféré pour travailler en journée © Globe Reporters
En marchant dans la pénombre ce soir-là, Sidonie peut entendre le silence … C’est une sensation bien étrange à Beyrouth © Globe Reporters
En tant que journaliste, Sidonie est autorisée à sortir pour exercer son métier. Elle en profite pour marcher dans les rues désertes et prendre des photos © Globe Reporters
Il est à peine 18h00 quand Sidonie prend la photo, un jour de semaine. Cette artère principale du centre de la ville devrait normalement crouler sous les véhicules © Globe Reporters
Le boulevard Sami El Solh déborde d’habitude de voitures, taxis, et deux-roues. En tant que piéton, il est difficile, voire dangereux de traverser. Durant le confinement, il est désormais possible de s’accroupir eu milieu de la route pour prendre une photo … © Globe Reporters
Les cafés de la rue de Badaro resteront encore fermés un moment…© Globe Reporters
Notre journaliste ne pourra pas aller travailler sur la terrasse de Roy’s, son café préféré pour travailler en journée © Globe Reporters

Sources vidéo

Un extrait du carnet de route de Sidonie en stories sur Instagram !

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