"Beaucoup de Françaises vous diront qu’elles se sentent plus en sécurité à Istanbul qu’à Paris", Anne Andlauer

Publié le 3 mars 2014

Anne Andlauer vit depuis plusieurs années à Istanbul. Cette journaliste travaille, entre autre, pour le Petit Journal d’Istanbul. Elle répond aux globe-reporters du lycée Pierre Lescot, à Paris, qui veulent en savoir plus sur la vie quotidienne à Istanbul.

2013/2014 - Turquie

Les filles ont-elles le droit de fréquenter les cafés seules ? Est-ce bien vu ?

Les mineurs (filles et garçons de moins de 18 ans) n’ont pas le droit d’entrer dans les bars et autres cafés servant de l’alcool, même s’ils sont accompagnés d’une personne majeure. Les femmes de plus de 18 ans ont le droit d’aller au café seules. Est-ce bien vu ? En général, non. Mais cela dépend beaucoup de la ville et du quartier. Des grandes villes comme Istanbul, Izmir et Antalya, qui sont aussi des destinations touristiques, sont plus « ouvertes » sur ce sujet. Dans le reste de la Turquie, c’est beaucoup plus rare et généralement très mal perçu. De toute façon, la grande majorité des familles turques ne laisseraient pas leur fille aller au café seule, surtout si elle est mineure. Les filles préfèrent en général sortir avec leurs ami(e)s ou leurs proches.

L’alcool est-il autorisé ?

L’alcool est autorisé mais sa vente est réglementée. Il faut être majeur pour pouvoir en acheter. Les cafés, les restaurants, les bars… doivent obtenir une licence. Pour les épiceries ou les supermarchés, la vente est interdite à partir de 22h le soir et jusqu’à 6h du matin. Ce n’était pas le cas il y a un an (avant, la vente était autorisée toute la nuit) mais la loi a changé en juin 2013.

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De plus, en règle générale, la vente d’alcool est interdite à moins de 100 mètres des écoles ou des lieux de culte (mosquées, églises…). Elle est aussi interdite le long des autoroutes, par exemple dans les stations service, ou dans les stades.

Les jeunes sont-ils obligés de vivre chez leurs parents jusqu’à la majorité ?

Ils ne sont pas obligés de vivre chez leurs parents jusqu’à 18 ans mais dans les faits, c’est presque toujours le cas (sauf bien sûr pour les écoliers ou les lycéens en pension). En général, le changement arrive avec l’entrée à l’université :

- si le jeune étudie dans une université proche de chez lui, alors il aura tendance à rester vivre chez ses parents ;

- si, comme c’est souvent le cas, il part étudier dans une autre province, alors il pourra être hébergé dans une résidence étudiante (le plus souvent, les filles et les garçons sont dans des bâtiments séparés) ou bien en colocation avec des amis, ou bien chez des membres de sa famille qui habitent dans cette ville. La décision dépend souvent des parents, de la région où le jeune étudie et de la situation financière de sa famille.

Est-on obligé de se marier pour vivre en couple ?

Légalement, un couple n’est pas du tout obligé d’être marié pour vivre sous le même toit. Mais dans les faits, l’immense majorité des couples attendent de se marier pour emménager ensemble. Le regard de la société pèse beaucoup. Un sondage réalisé en novembre 2013 montre que 7 Turcs sur 10 désapprouvent qu’une fille et un garçon vivent ensemble sans être mariés. Ils ne sont que 25% à l’approuver.

Souvent, les propriétaires demandent aux couples qui viennent visiter un appartement s’ils sont mariés ou pas. S’ils ne le sont pas, alors le propriétaire aura tendance à ne pas louer son appartement au couple (soit parce qu’il s’y oppose par principe, soit pour éviter les commérages des voisins !)

Il arrive toutefois que des couples non mariés mentent aux propriétaires pour pouvoir vivre ensemble. Et certains couples vivent ensemble sans le dire à leurs parents (surtout si ces derniers vivent loin).

Les femmes sont-elles autorisées à sortir la nuit à Istanbul ? Est-ce que c’est plus dangereux qu’à Paris ? Pourquoi la mentalité est-elle différente ?

Les femmes ont tout à fait le droit de sortir la nuit à Istanbul, et beaucoup le font. Personne n’est à l’abri de mauvaises expériences mais beaucoup de Françaises vous diront qu’elles se sentent plus en sécurité à Istanbul qu’à Paris, notamment dans la rue et dans les transports en commun (métro, bus…) Il faut dire aussi que la criminalité a beaucoup baissé à Istanbul ces dernières années (réorganisation de la police, caméras de surveillance…) et qu’Istanbul est une ville immense, avec plus de 13,5 millions d’habitants. Or, le nombre de crimes recensés chaque année par rapport au nombre d’habitants y est plus faible que dans d’autres villes d’Europe.

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Les étrangères, comme les Turques, courent peu de risques de se faire agresser à Istanbul, même si le harcèlement verbal ou physique est une réalité, notamment dans les quartiers touristiques.

Pourquoi les hammams disparaissent-ils à Istanbul ?

C’est vrai qu’il y a de moins en moins de hammams à Istanbul et ailleurs en Turquie. C’est d’abord lié au fait que presque tous les logements ont l’eau chaude et une salle de bains. On n’a plus besoin de hammams pour se laver, comme c’était le cas avant ! Le hammam reste surtout un « plaisir » pour une partie des Turcs. Certains y vont régulièrement, d’autres seulement quand il y a une grande occasion (avant un mariage par exemple).
Normalement, dans les hammams, il y a une séparation hommes/femmes : soit le hammam est divisé en deux, une partie pour les femmes et l’autre pour les hommes ; soit les horaires sont différents pour les hommes et les femmes. La plupart des grands hammams d’Istanbul sont surtout fréquentés par les touristes, et ceux-là sont parfois mixtes. Les Turcs préfèrent en général les petits hammams de quartier, où ils ont leurs habitudes.

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