Bienvenus au pays du « sampeah »

Publié le 25 janvier 2026

Notre envoyé spécial au Cambodge raconte ses premières balades et impressions après une longue marche dans Phnom Penh.

Carnet de route

Chères consœurs, chers confrères,

Je suis arrivé jeudi dernier au Cambodge, après un interminable voyage qui m’a mené de Paris à Phnom Penh avec une escale à Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie.

L’aéroport de Phnom Penh flambant neuf était désespérément vide : le tourisme, principale ressource du pays, est très affecté par le conflit qui oppose le Cambodge à la Thaïlande depuis l’été dernier. Même si un cessez-le-feu a été signé le 27 décembre dernier, les incidents à la frontière se poursuivent. Je vous rassure, la guerre reste cantonnée dans le nord-ouest du pays, loin de la capitale où je me trouve. 

Le chauffeur de taxi qui m’a amené de l’aéroport jusqu’au centre-ville de Phnom Penh n’arrêtait justement pas de pester contre ces « Thaïlandais de malheur » comme il les appelait. La présence d’immenses panneaux représentant des officiers de l’armée cambodgienne à l’allure martiale venait me rappeler que je me trouvais dans un pays autoritaire gouverné par une même famille depuis plusieurs décennies. J’allais trouver plus tard, lors de mes déambulations dans Phnom Penh, plusieurs affiches de l’actuel président vantant telle ou telle réussite de son gouvernement. 

Les causes du conflit entre le Cambodge et la Thaïlande sont multiples, tout d’abord la délimitation de la frontière qui est très floue. Elle a été tracée au début du 20e siècle entre la France, puissance coloniale qui contrôlait alors l’Indochine dont le Cambodge faisait partie et le Royaume de Siam (actuelle Thaïlande). Les deux pays, liés par ce traité de 1907, divergent sur son interprétation précise, alimentant le conflit frontalier d’aujourd’hui. Le contrôle des ressources naturelles sur ces territoires et leur manne touristique pour abriter un temple renommé sont en jeu. Le tout est exacerbé par des enjeux nationalistes et politiques récents au Cambodge comme en Thaïlande.

La prolifération des « scam centers » qu’on pourrait traduire par « centres d’escroquerie » est une autre raison qui n’incite pas les touristes à venir. Contrôlés par la mafia, ils consistent à faire de l’escroquerie en ligne. Pour cela, des personnes mal intentionnées font venir des dizaines de milliers de travailleurs du monde entier en leur faisant miroiter un emploi légal pourvu d’un bon salaire. Au lieu de quoi, ils sont séquestrés dans des bâtiments et obligés d’escroquer des quidams. Ils inventent une histoire d’amour pour te demander de l’argent pour un problème bidon, essaient de gagner ta confiance pour te faire investir dans de faux sites d’argent virtuel, etc. De récentes opérations de police dans ces « scam centers » ont jeté à la rue des milliers de ses travailleurs qui ne savent plus, faute d’argent ou de passeport, comment rentrer dans leur pays.

Tout ceci, j’en conviens, n’est pas très gai, mais il me semble important que vous sachiez dans quel contexte je vais faire mes reportages.

Le chauffeur de taxi m’a déposé à mon hôtel, une auberge de jeunesse au prix très abordable située dans le centre de Phnom Penh. Le lendemain, et comme je le fais à chaque fois que j’arrive dans un pays inconnu, je suis allé marcher dans la ville pour tenter de m’en imprégner et prendre quelques photos pour que vous puissiez en avoir un petit aperçu. Malgré, 15 kilomètres de marche qui m’ont fourbu, j’ai peiné à trouver le sommeil. Le décalage horaire (6h de plus qu’en France) a complètement déréglé mon horloge biologique. Ça va mieux au bout de la troisième nuit.

La première chose qui m’a surpris à Phnom Penh, c’est la présence chinoise : il n’y a pas une rue où on ne la remarque pas que ce soit à travers les panneaux, les enseignes publicitaires ou encore les restaurants. Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de leurs ressortissants. On l’imagine important. Il s’explique principalement par des investissements massifs, des opportunités économiques et des liens diplomatiques étroits entre Pékin et Phnom Penh. En revanche il n’y a que peu de restes de la présence française ici, si ce n’est la survivance de quelques noms de rues ou dans l’architecture des bâtiments coloniaux dominés par d’immenses immeubles qui poussent comme des champignons.

Les quelques Cambodgiens que j’ai pu rencontrer à l’hôtel, dans les cafés ou dans la rue pour demander mon chemin me sont apparus comme très aimables et très polis. Ils joignent les mains pour effectuer le « sampeah », un geste traditionnel de salutation et de respect inspiré du bouddhisme et des pratiques hindouistes voisines. Ce mouvement exprime l’humilité, la gratitude et la reconnaissance envers l’autre, en évitant le contact physique direct comme la poignée de main. Le bouddhisme est la religion principale au Cambodge. Elle est très visible dans l’espace public à travers les temples, les moines les statues de Bouddha ainsi que ces petits autels appelés « neak ta » ou « kantrop » en khmer, des sanctuaires dédiés aux esprits gardiens ancestraux et aux divinités locales.

J’ai déjà pu interviewer deux personnes depuis mon arrivée (une interview est déjà disponible en ligne). Je pense me rendre au lac de Tonlé Sap en fin de semaine, impatient que je suis de découvrir et de vous faire découvrir la campagne cambodgienne.

Amicalement,

Le 25 janvier 2026.

Votre envoyé spécial.

Sources photographiques

Il n’est pas rare de croiser des vétérans des différents conflits et guerres civiles qui ont sévi au Cambodge pendant plusieurs décennies © Globe Reporters
Il n’est pas rare de croiser des vétérans des différents conflits et guerres civiles qui ont sévi au Cambodge pendant plusieurs décennies © Globe Reporters
La poste de Phnom Penh, construite en 1890, adopte un style néo-classique typique de l’architecture coloniale française © Globe Reporters
La poste de Phnom Penh, construite en 1890, adopte un style néo-classique typique de l’architecture coloniale française © Globe Reporters
Vendeuse de noix de coco dans une rue de Phnom Penh © Globe Reporters
Vendeuse de noix de coco dans une rue de Phnom Penh © Globe Reporters
L’entrée du Palais Royal © Globe Reporters
L’entrée du Palais Royal © Globe Reporters
Hun Manet, Premier ministre du gouvernement cambodgien, a succédé à son père, Hun Sen, en 2023. Sur cette affiche, il vante l’achèvement des travaux du bâtiment accueillant le ministère des Travaux publics © Globe Reporters
Hun Manet, Premier ministre du gouvernement cambodgien, a succédé à son père, Hun Sen, en 2023. Sur cette affiche, il vante l’achèvement des travaux du bâtiment accueillant le ministère des Travaux publics © Globe Reporters
Affiche représentant le Premier ministre Hun Manet en uniforme militaire. « Premier ministre du Royaume du Cambodge et Commandant suprême des forces armées royales cambodgiennes » « Médaille d’honneur de la stratégie victorieuse » « Sous la direction clairvoyante et patriote de Samdech Thipadei Hun Manet, notre armée poursuit fermement la défense de la patrie, la protection du peuple, et le maintien de la paix et du développement durable du Royaume du Cambodge. » © Globe Reporters
Affiche représentant le Premier ministre Hun Manet en uniforme militaire. « Premier ministre du Royaume du Cambodge et Commandant suprême des forces armées royales cambodgiennes » « Médaille d’honneur de la stratégie victorieuse » « Sous la direction clairvoyante et patriote de Samdech Thipadei Hun Manet, notre armée poursuit fermement la défense de la patrie, la protection du peuple, et le maintien de la paix et du développement durable du Royaume du Cambodge. » © Globe Reporters
Monastère de Wat Ounaloum à Phnom Penh © Globe Reporters
Monastère de Wat Ounaloum à Phnom Penh © Globe Reporters
Portrait de Sa Majesté Norodom Sihamoni, roi du Cambodge, sur les rives de la rivière Tonlé Sap à Phnom Penh © Globe Reporters
Portrait de Sa Majesté Norodom Sihamoni, roi du Cambodge, sur les rives de la rivière Tonlé Sap à Phnom Penh © Globe Reporters
Grands immeubles modernes et architecture coloniale dans le centre de Phnom Penh © Globe Reporters
Grands immeubles modernes et architecture coloniale dans le centre de Phnom Penh © Globe Reporters
La rue Pasteur dans le centre de Phnom Penh aussi appelée « rue des pharmacies » où elles se comptent par dizaines © Globe Reporters
La rue Pasteur dans le centre de Phnom Penh aussi appelée « rue des pharmacies » où elles se comptent par dizaines © Globe Reporters
Le Wat Phnom est une des plus anciennes pagodes bouddhistes de Phnom Penh © Globe Reporters
Le Wat Phnom est une des plus anciennes pagodes bouddhistes de Phnom Penh © Globe Reporters
Vente de journaux dans la rue à Phnom Penh. Dans le classement 2025 de Reporters sans frontières (RSF), le Cambodge occupe la 161ᵉ place sur 180 pays © Globe Reporters
Vente de journaux dans la rue à Phnom Penh. Dans le classement 2025 de Reporters sans frontières (RSF), le Cambodge occupe la 161ᵉ place sur 180 pays © Globe Reporters
Conducteur de Tuc Tuc pendant sa pause sur un trottoir de Phnom Penh © Globe Reporters
Conducteur de Tuc Tuc pendant sa pause sur un trottoir de Phnom Penh © Globe Reporters
Le monument aux morts de Phnom Penh, vestige de la présence coloniale française au Cambodge et rappel du sang versé par les troupes coloniales indochinoises dans les différents conflits du 20e siècle © Globe Reporters
Le monument aux morts de Phnom Penh, vestige de la présence coloniale française au Cambodge et rappel du sang versé par les troupes coloniales indochinoises dans les différents conflits du 20e siècle © Globe Reporters
« neak ta » ou « kantrop » en khmer, sanctuaires dédiés aux esprits gardiens ancestraux et aux divinités locales que l’on trouve aux coins des rues à Phnom Penh © Globe Reporters
« neak ta » ou « kantrop » en khmer, sanctuaires dédiés aux esprits gardiens ancestraux et aux divinités locales que l’on trouve aux coins des rues à Phnom Penh © Globe Reporters
Étal de fruits dans les rues de Phnom Penh © Globe Reporters
Étal de fruits dans les rues de Phnom Penh © Globe Reporters
Vendeuse ambulante de coquillages (palourdes d’eau douce) dans une rue de Phnom Penh. Une pratique typique de l’économie informelle cambodgienne, où les femmes représentent environ 75% des vendeurs de rue © Globe Reporters
Vendeuse ambulante de coquillages (palourdes d’eau douce) dans une rue de Phnom Penh. Une pratique typique de l’économie informelle cambodgienne, où les femmes représentent environ 75% des vendeurs de rue © Globe Reporters
Magasin éphémère d’articles en vue du Nouvel An chinois dans une rue de Phnom Penh © Globe Reporters
Magasin éphémère d’articles en vue du Nouvel An chinois dans une rue de Phnom Penh © Globe Reporters
Il n’est pas rare de croiser des vétérans des différents conflits et guerres civiles qui ont sévi au Cambodge pendant plusieurs décennies © Globe Reporters
La poste de Phnom Penh, construite en 1890, adopte un style néo-classique typique de l’architecture coloniale française © Globe Reporters
Vendeuse de noix de coco dans une rue de Phnom Penh © Globe Reporters
L’entrée du Palais Royal © Globe Reporters
Hun Manet, Premier ministre du gouvernement cambodgien, a succédé à son père, Hun Sen, en 2023. Sur cette affiche, il vante l’achèvement des travaux du bâtiment accueillant le ministère des Travaux publics © Globe Reporters
Affiche représentant le Premier ministre Hun Manet en uniforme militaire. « Premier ministre du Royaume du Cambodge et Commandant suprême des forces armées royales cambodgiennes » « Médaille d’honneur de la stratégie victorieuse » « Sous la direction clairvoyante et patriote de Samdech Thipadei Hun Manet, notre armée poursuit fermement la défense de la patrie, la protection du peuple, et le maintien de la paix et du développement durable du Royaume du Cambodge. » © Globe Reporters
Monastère de Wat Ounaloum à Phnom Penh © Globe Reporters
Portrait de Sa Majesté Norodom Sihamoni, roi du Cambodge, sur les rives de la rivière Tonlé Sap à Phnom Penh © Globe Reporters
Grands immeubles modernes et architecture coloniale dans le centre de Phnom Penh © Globe Reporters
La rue Pasteur dans le centre de Phnom Penh aussi appelée « rue des pharmacies » où elles se comptent par dizaines © Globe Reporters
Le Wat Phnom est une des plus anciennes pagodes bouddhistes de Phnom Penh © Globe Reporters
Vente de journaux dans la rue à Phnom Penh. Dans le classement 2025 de Reporters sans frontières (RSF), le Cambodge occupe la 161ᵉ place sur 180 pays © Globe Reporters
Conducteur de Tuc Tuc pendant sa pause sur un trottoir de Phnom Penh © Globe Reporters
Le monument aux morts de Phnom Penh, vestige de la présence coloniale française au Cambodge et rappel du sang versé par les troupes coloniales indochinoises dans les différents conflits du 20e siècle © Globe Reporters
« neak ta » ou « kantrop » en khmer, sanctuaires dédiés aux esprits gardiens ancestraux et aux divinités locales que l’on trouve aux coins des rues à Phnom Penh © Globe Reporters
Étal de fruits dans les rues de Phnom Penh © Globe Reporters
Vendeuse ambulante de coquillages (palourdes d’eau douce) dans une rue de Phnom Penh. Une pratique typique de l’économie informelle cambodgienne, où les femmes représentent environ 75% des vendeurs de rue © Globe Reporters
Magasin éphémère d’articles en vue du Nouvel An chinois dans une rue de Phnom Penh © Globe Reporters