Avec notre envoyé spécial, sur les traces du Kampuchéa démocratique (épisode 3)
Carnet de route
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Pendant de longs mois, Saran sera soumis aux travaux forcés comme ses pairs d’origine citadine. Les Khmers rouges veulent faire renaître les canaux d’irrigation des rizières qui ont fait la grandeur du royaume d’Angkor. Des centaines de milliers de personnes mourront d’épuisement et de famine dans cette entreprise.
Un jour, un ami khmer rouge vient prévenir Saran que des hommes viendront le chercher chez lui le soir. Quelqu’un a dû le dénoncer. Saran sait que ceux que l’on vient chercher à la nuit tombée ne reviennent jamais. Ses beaux-parents chez qui il vit toujours lui enjoignent de partir et de marcher vers l’Ouest, vers la Thaïlande.
Il marche la nuit, se cache le jour pour échapper aux Khmers rouges. Dans la jungle qui sépare le Cambodge de la Thaïlande, il entend les explosions des mines antipersonnelles sur lesquelles d’autres fugitifs ont marché.
Quand, soudain, il tombe sur une patrouille de Khmers rouges. Ils lui tirent dessus, il tombe et le laissent pour mort. Encore un miracle : la balle a traversé sa gorge en passant entre sa colonne vertébrale et sa veine jugulaire, l’hémorragie est superficielle.
Il se réveille le lendemain matin, il se fait un pansement de fortune et marche les quelques centaines de mètres qui le sépare de la liberté.
Dans le camp de réfugiés situé près de la frontière du côté thaïlandais où il trouve l’asile, il rencontre le médecin français Pascal GRELETTY-BOSVIEL qui lui permettra de se réfugier en France.
Son diplôme cambodgien n’étant pas valide dans notre pays, il reprend des études d’infirmier qui le mèneront au service de cardiologie de l’hôpital de La Cerisaie à Aubervilliers. De sa femme, il n’a plus jamais eu de nouvelles.
À suivre…
Sources photographiques
Monument commémoratif de la prison de Tuol Sleng (S21) © Globe Reporters
Monument commémoratif de la prison de Tuol Sleng (S21) : « Nous n’oublierons jamais les crimes commis sous le régime du Kampuchéa démocratique » © Globe Reporters
Monument commémoratif de la prison du site de Choeung Ek © Globe Reporters
Stupa (Monument bouddhique) commémoratif du site d’exécution de Choeung Ek dans la banlieue de Phnom Penh. Il renferme principalement des ossements et crânes humains exhumés des fosses communes du lieu © Globe Reporters
Anciennes fosses communes du site de Choeung Ek © Globe Reporters
Photographie de Kaing Guek Eav dit « Douch », chef de la prison de Tuol Sleng (S21) lors de son procès pour crimes contre l’humanité © Globe Reporters
Le stade olympique de Phnom Penh (aujourd’hui) où Saran MEAS triait les blessés le 17 avril 1975. Il le quittera avant qu’il ne devienne le théâtre d’exécutions des soldats et officiers de l’armée républicaine khmère (FANK) © Globe Reporters